La tolérance religieuse
L’histoire de l’humanité se résume, selon un observateur des choses, à l’histoire des guerres. L’histoire des guerres de religions recoupe également et largement celle de l’humanité.
Pourquoi la religion, qui est intrinsèquement ce qui relie l’'homme à Dieu et qui devait étre source de paix, a été et est la cause (le prétexte ?) de guerres particulièrement sanglantes ? À l’analyse, les causes fondamentales des guerres du passé et du présent sont rarement véritablement religieuses. Les motifs réels sont généralement économiques, politiques, etc.
L’officier prussien Carl von Clausewitz, qui affronta Napoléon au début du XIXe siècle, n’affirmait- il pas dans son célèbre ouvrage intitulé De la guerre que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » ?
La politique elle-même est le champ privilégié de la lutte des classes ou des intéréts. Sans être partisan de Marx ou de Lénine, on est obligé de reconnaître que les rapports de force économiques conditionnent largement les relations entre les hommes, au sein des États et entre les États. La religion n’échappe pas à
cet étau politico-économique.
Aussi, convient-il de revenir sur l’incidence de l’emprise des réalités économiques et politiques sur la religion.
Prenons le cas du terrorisme dit islamiste dont les animateurs prétendent agir au nom de l’islam et du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui). Savent-ils que la guerre sainte à l’époque du Prophète lui a été imposée par ses parents de La Mecque principalement pour des raisons économiques ? En effet, pour
les idolâtres, reconnaître qu’il n’y a qu’un seul DIEU leur faisait perdre les gains qu’ils enregistraient lorsque des milliers de pèlerins venaient adorer les 360 idoles qui avaient « colonisé » la maison d’Abraham. C’est ce qui explique que le Prophète n’ait été suivi au départ que par les humbles de la cité, à quelques exceptions près.
Le Prophète, contraint à la guerre pour protéger la foi et la communauté islamiques, n’a jamais légitimé les meurtres gratuits qui sont actuellement perpétrés dans le monde.
Ces intolérants savent-ils que la toute première communauté islamique, qui n’était qu’embryonnaire, n’a eu la vie sauve que grâce au Négus chrétien d’Abyssinie (Ethiopie actuelle) ?
En effet, face aux tortures dont les plus humbles parmi eux souffraient de la part des polythéistes, le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui), leur recommanda de trouver refuge auprès du roi d’Abyssinie. Malgré l’insistance des Mecquois polythéistes, le Négus et les évêques refusèrent de les livrer.
Rappelons qu’en entendant lire un extrait de la sourate Mariame (Marie) du Coran et en écoutant le porte-parole des réfugiés à propos de Jésus, le négus et ses évêques comprirent que les musulmans et les chrétiens étaient de la même racine.
Ces jihadistes d’ici et d’ailleurs savent-ils que selon le Prophète « la guerre sainte, c’est quand on combat ses propres passions » ?
Sont-ils informés de la charte de protection accordée par Muhammad aux chrétiens de Najran et retrouvée au troisième siècle de l’Hégire chez Habib le moine ?
Mieux encore, n’ont-ils pas médité ce verset du noble Coran où Dieu dit : « Nulle contrainte en religion ! Car la vérité s’est distinguée de l’égarement. » (Sourate 2, verset 256.) ?
Et pourtant, quand on analyse l’histoire des religions, on ne constate que des disputes et des conflits, plus ou moins graves.
Ainsi, au cours des premiers siècles du christianisme, certains courants ont été qualifiés d’hérétiques et traités comme tels.
Ce sont notamment :
- les gnostiques, qui considèrent que la connaissance salvatrice n'est révélée qu'aux seuls initiés grâce à un enseignement secret;
- les tenants de l’arianisme, qui nient la Trinité et la divinité de Jésus;
- le nestorianisme, école théologique conduite par le moine Nestorius qui nie l’unicité de la personne du Christ à qui il attribue une double personnalité : divine et humaine;
- le catharisme, dont l’Église s’oppose à l’Église romaine en soutenant, entre autres thèses, que Jésus n’est pas Dieu mais un ange adopté par Dieu, que Marie n’est pas la mère de Dieu et que Jésus n’est pas mort sur la croix.
Ces disputes doctrinales ont entraîné des guerres de religions qui ont ensanglanté l’Europe, notamment au Moyen Âge.
Au début du XVIe siècle, le catholicisme a connu son schisme avec les débuts du protestantisme, quand le moine allemand et docteur en théologie Luther publie ses 95 thèses contre Rome. Il y dénonce la vente des indulgences par les prélats.
Tous ces courants frappés d’hérésie ont été combattus pendant des siècles avec férocité : inquisitions, guerres, tortures, massacres, pillages, etc.
Les guerres actuelles entre chiites et sunnites, qui alimentent des attentats terriblement meurtriers, s’inscrivent dans cette logique d’intolérance.
Ces violences du passé et du présent, qui ne peuvent être entièrement recensées, nous incitent à la réflexion et à la méditation.
Une certitude émerge : l’intolérance religieuse sous toutes ses formes est néfaste et viole la loi fondamentale d’amour et de miséricorde. Respectons l’autre qui n’est pas de la même religion ou du même courant religieux que nous, dès lors qu’il nous respecte et ne cherche pas à nous empêcher de pratiquer librement le culte choisi.
Dieu tranchera le moment venu, ce sur quoi les croyants divergent.